mercredi 21 décembre 2011

L'entropie est-elle subjective ?

Nous avons vu précédemment que la logique constituait l'idéal d'un monde de vérités « déjà là » prêtes à être dévoilées. Nous avons vu également que l'utilisation du nombre réel permettait de rendre cette façon de voir idéale compatible avec la réalité d'un monde qui n'est jamais épuisé par nos mesures. Je pense qu'une telle façon de voir les choses est illusoire, qu'elle est une négation de la temporalité : la réalité actuelle se dévoile dans l'immanence de l'expérience mais ne lui pré-existe pas. A l'appui de ceci, nous avons remarqué que la physique moderne discrétise les mesures et réintroduit la temporalité de l'expérience par l'utilisation des probabilités et la contextualité des mesures. Le monde n'est donc plus un puis infini d'informations déjà là, mais un renouvellement permanent.

Pour terminer cette série d'articles, je souhaite simplement revenir sur ce qui constitue un lieu commun de la vulgarisation scientifique, à savoir la loi d'augmentation de l'entropie comprise comme « expliquant » la possibilité de l'irréversibilité du temps sur une base de lois temporelles réversibles.

vendredi 16 décembre 2011

The Subjective Interpretation of Quantum Physics

Mon article "The Subjective Interpretation of Quantum Physics" a été publié par le journal neuroquantology. Il est également disponible en téléchargement ici.

Nombres réels et probabilités

Nous avons vu dans le billet précédent que l'incertitude et la temporalité inhérente au réel faisait de la logique booléenne un système idéal, propre à la conceptualisation. Il faut donc voir dans la logique un modèle empirique de la réalité. Ainsi les lois logiques seraient non pas "donnée à l'homme par Dieu" comme le croyait Descartes. Elles nous seraient données par notre expérience de la réalité, et plus précisément notre expérience de la pensée en relation au réel. Elles seraient "ce qui marche" dans le cadre de la pensée.

On sait d'ailleurs qu'il est possible d'envisager différents systèmes logiques. De plus une approche bayesienne nous permet de généraliser la logique en y voyant, justement, un cas limite de la théorie des probabilités pour lequel les probabilités ne prendrait que les valeurs 0 et 1, et cette approche peut être fondée sur la base de quelques postulats intuitifs de nature épistémiques. On peut même imaginer une généralisation supplémentaire avec la logique quantique (pour laquelle les postulats d'associativité et de commutativité ne sont plus valides), et ainsi comprendre la théorie quantique comme, en quelque sorte, une théorie causale des probabilités.

Contrairement à la logique qui n'utilise que les valeurs discrètes "vrai" ou "faux", une telle approche utilise l'ensemble des nombres complexes, et les probabilités y sont finalement exprimées par un nombre réel entre 0 et 1. Il convient donc de s'interroger sur le statut des nombres réels.

dimanche 11 décembre 2011

Dissoudre le paradoxe du menteur dans la temporalité


Le paradoxe du menteur trouve naturellement sa solution dans la temporalité. Comment quelqu’un peut-il affirmer “cette phrase est fausse” alors qu’il ne l’a pas encore terminée? La proposition contient une référence à elle même, alors qu’elle n’existe pas encore. Celui qui se laisse troubler par le paradoxe du menteur pense -- à tort -- qu’une proposition est une chose existant absolument dans un “espace des propositions” atemporel qu’il est tout loisir de référencer, alors qu’une proposition n’existe jamais que quand elle est pensée et qu’elle ne référence jamais que ce qui a déjà été pensé par le passé et n'évoque le futur qu'à titre d'hypothèse. L’acte signifiant s’inscrit dans la temporalité. Dans ce contexte, la proposition du menteur n'est qu'une illusion d'optique, car au fond, elle ne parle de rien de réel.

mardi 1 novembre 2011

Merleau-Ponty sur la différence entre science et philosophie

Dans "Le visible et l'invisible" :
"La philosophie n'est pas science, parce que la science croit pouvoir survoler son objet, tient pour acquise la corrélation du savoir et de l'être, alors que la philosophie est l'ensemble des questions où celui qui questionne est lui-même mis en cause par la question. Mais une physique qui a appris à situer physiquement le physicien, une psychologie qui a appris à situer le psychologue dans le monde socio-historique ont perdu l'illusion du survol absolu : elles ne tolèrent plus seulement, elles imposent l'examen radical de notre appartenance au monde avant toute science."

mardi 25 octobre 2011

L'acacia et la mécanique sociale

J'ai reçu une courrier m'informant de l'abattage planifié d'un acacia juste en face de mon appartement. Le pauvre est victime d'un mauvais champignon qui affecte ses capacités mécanique : il risque, dans un avenir indéterminé, de perdre ses branches sur la voie publique, ce qui pourrait perturber sérieusement la circulation automobile...

dimanche 25 septembre 2011

Le réalisme structurel

Le réalisme structurel

Nous avons vu lors du dernier billet en quoi un examen de la méthode scientifique rend caduque l’idée que les entités de la science existent réellement dans le monde. Tout au plus peut-on considérer les concepts scientifiques comme des “boites” qui nous permettent de classer les phénomènes. Mais les changements de paradigme modifient en profondeur ce qu’on considère ou non être une “boite” digne de ce nom (en physique, par exemple, on est passé du concept de corpuscule à celui de champs, de celui de matière à celui d’énergie), si bien qu’il est délicat d’affirmer que nos concepts d’aujourd’hui ne seront jamais dépassé, et donc, qu'ils correspondent à quoi que ce soit de réel.

Pour autant n’a-t-on pas l’impression que la science progresse, qu’elle réduit la part d’arbitraire de notre représentation du monde en éliminant les concepts inadéquats ? N’a-t-on pas l’impression qu’il y a continuité entre les paradigmes se succédant, que dans une certaine mesure, la physique classique est “contenue” dans la physique relativiste comme un cas limite ?

samedi 3 septembre 2011

Note de lecture - La structure des révolutions scientifiques (T. Kuhn)

Je vous propose une note de lecture du désormais classique “La structure des révolutions scientifiques” de Thomas Kuhn, publié en 1962, qui est l’un des ouvrages les plus cité de tous les temps. Cet essai est réputé pour avoir remis en cause l’idée d’un développement linéaire de la science, et incidemment, de manière plus controversée, l’idée que la science s’approche toujours plus de la vérité.
Après un bref résumé de la thèse de Kuhn, je reviendrai sur les éléments qui me paraissent importants dans cet ouvrage. J’expliquerai ensuite pourquoi certains me paraissent plus douteux. Enfin j'essaierai de voir en quoi cette thèse peut éclairer le statut particuliers des “sciences pathologiques” (la parapsychologie notamment).

dimanche 28 août 2011

La conscience n'est pas un phénomène physique (2)

Ce billet est un approfondissement d'un autre billet récent.

Si la conscience n'est pas un phénomène physique, c'est en fait parce qu'elle n'est pas un phénomène du tout.

Un phénomène est quelque chose qui se présente à un sujet conscient. Or la conscience d'un autre ne m’apparaît jamais comme telle. Si je sais (ou si je crois) que l'autre est conscient, c'est, comme le fait remarquer Searle, parce que je transpose sur l'autre ma propre conscience. C'est parce que l'autre me ressemble et que je le conçoit comme un autre moi. C'est donc d'une référence à ma propre conscience qui s'agit, et seule ma propre conscience m’apparaît -- ou plutôt elle est le prérequis de toute apparition.

L'autre est analysable, du point de vue des phénomènes, comme rien de plus qu'un ensemble de comportements organisés. A ce titre, la conscience n'est pas un phénomène, mais plutôt une explication des phénomènes : je peux invoquer la conscience d'une personne pour expliquer son comportement. Cependant aucune conscience "à la première personne" n'est jamais nécessaire pour théoriser un ensemble de comportements (comme le montre l'argument des Zombies de Chalmers).

C'est ce qui permet à Dennett de diluer complètement le problème de la conscience, d'affirmer qu'elle n'existe pas ou qu'elle est une forme d'illusion, un terme explicatif utile. Penser ainsi, c'est occulter délibérément sa propre conscience, c'est oublier le cadre dans lequel s'inscrit toute représentation. Denett a raison tant qu'il se place sur le plan des phénomènes : il n'existe pas à proprement parler de phénomène de conscience. Cependant le monde n'est pas un ensemble de phénomènes sans sujets.

On peut donc, suivant Dennett, concevoir une "conscience phénomène", une conscience "à la troisième personne" qui n'est qu'un mot pratique pour désigner toute un ensemble de choses (le fait d'avoir un comportement cohérent, de réagir avec adéquation à son environnement), mais n'a pas d'existence en tant que tel. Seulement cette conscience n'est pas ma conscience, celle dont j'ai l'expérience.

Je peux être amené à identifier les deux consciences, la "conscience phénomène" de l'autre et ma "conscience vécue", en observant que ce que je désigne comme "conscience" chez l'autre, ce comportement organisé qu'il a lors de l'éveil, correspond précisément à ce que j'appelle "conscience" chez moi, cette expérience qualitative qui me permet, justement, d'organiser mon comportement. Mais l'aspect qualitatif ne peut être introduit qu'en faisant référence à ma propre expérience qualitative, et cette référence n'est jamais réductible à un phénomène à la troisième personne, il ne s'agit pas de quelque chose d'objectif (puisque dans ce cadre, la représentation scientifique apparaît comme un sous-ensemble de ma représentation du monde, elle même inclue dans mon expérience qualitative).


Autrement dit, on ne peut expliquer de phénomène "à la première personne" sans faire référence à sa propre expérience "à la première personne", s'éloignant ainsi de l'explication scientifique à proprement parler. La conscience ne peut être expliquée scientifiquement.

Puisque c'est l'aspect privé de la cognition qui est en cause, l'horizon de l'explication scientifique pourrait être de délimiter, dans la description physique, les espaces à même de représenter quelque chose de "privé" -- sans oublier que toute description est la représentation "de quelqu'un". Dans ce cadre,  on peut concevoir la science sous sa forme ultime comme la théorie des relations publiques entre expériences privées... ce qui s'apparente à une forme de réalisme structural. Nous y reviendrons très prochainement.




dimanche 10 juillet 2011

Sexe, politique et fatalisme biologique

Avec les affaires récentes ayant trait au sexisme ou aux rapporte entre sexe et politique, les commentateurs publics, inspirés par les sciences de la nature, ont parfois eu recours au fatalisme biologique, ce à des degrés divers. Ce que j’entends par “fatalisme biologique”, c’est la réduction des comportements humains à la biologie, et en particulier à travers des arguments de type darwinien.

Le poncif le plus courant à ce sujet est l’explication des différences entre divers traits de caractère des hommes et des femmes par une référence à notre lointain passé de chasseur/cueilleur. L’homme est le chasseur, pourvu d’un excellent sens de l’orientation, celui qui ne parle pas trop pour ne pas effrayer les bêtes, tandis que la femme est une pipelette invétérée dôté d’une grande intuition sociale, parfois appelé intuition féminine, et préfère s’occuper de ses progénitures, nettoyer la caverne et socialiser avec ses congénères. Sans doute fallait-il bien tuer le temps pendant que les hommes partaient à la chasse... Voilà donc qui expliquerait certaines différences cognitives entre hommes et femmes.

Ce type d'explication existe également à propos de la nature humaine en général, son altruisme, son instinct guerrier et parfois xénophobe, sa propension à la religiosité ou d'autres choses. On mettra en avant l'histoire biologique de l'homme et on expliquera ces facteurs en terme darwinien.

Que faut-il en penser ?

dimanche 3 juillet 2011

Le mythe du bien et du mal

Personne ne veut faire le mal : si l’on agit librement, c’est qu’on pense faire le bien -- ce qui, selon nous, est bien -- c’est pourquoi, quand d’autres y verront le mal, alors on se justifiera. Le voleur ou l’arnaqueur affirmera mériter ce qu’il gagne par sa roublardise, preuve d’intelligence. Il aura donné une leçon de vie au naïf. Qu’importe ce qu’en pense la société : sait-elle plus que quiconque ou est le bien ? Et si l’on fait vraiment le mal, si même on le revendique, c’est que le mal est notre bien. On est un incompris.

Tout comme personne ne veut croire le faux, personne ne veut faire le mal, ce qu’il pense être le mal. Mais il nous arrive pourtant de le faire. Le mal est une erreur, c’est la bêtise de l’éthique. La personne mauvaise se trompe sur ce qui est bien tout comme l’idiot sur ce qui est vrai. Tout comme le faux auquel on croit est souvent une vérité trop locale, qu’on a cru vrai partout mais qui ne l’était que d’un point de vue, l’erreur du mal est souvent celle d’un myope : le bien était trop local. L’égoïste croit faire le bien -- son propre bien. Il ignore que le jour de sa mort, ç’aura été vain s’il n’a servit à rien d’autre qu’à lui même, ce tas de chair bientôt en décomposition. Il ignore que sa loi moral n'est pas viable comme loi universelle. Il ignore que faire le bien des autres et de son environnement assure son propre bien à venir. Il ne pense pas à miser sur l’harmonie, il ne cherche pas à appartenir au monde. Il pense trop localement : il est bête.

La bêtise, rien de plus. Le diable n’est qu’un idiot, et cette figure du mal que nous vendent certaines religions n’est qu’une supercherie dangereuse, capable de substituer à une possible empathie la polarisation contre l’autre, l’ennemi irrécupérable.

...Personne ne veut regarder le laid : le laid qu’on regarde est d’une beauté trop locale. La laideur est la bêtise de l’esthétique...

lundi 6 juin 2011

Le vrai

Selon le pragmatisme, ce qui est vrai, c’est ce qui fonctionne. Il ne faut pas y voir une injonction à ne se focaliser que sur l’efficacité, mais une véritable définition du vrai qui vient en contre-pied des approches normalistes.

Naturellement, on voudrait commencer par définir le vrai, puis la croyance ou la certitude comme fonction du vrai. Cependant la croyance ou la certitude peuvent être définis sans l’aide de la notion de vrai de la manière suivante : croire en quelque chose, c’est pouvoir s’appuyer dessus pour agir. La croyance est le support de l’action.

Une croyance qui ne se traduirait pas dans l’action pourrait tout aussi bien ne pas exister, si bien qu’il est légitime de dire que la croyance ne s’exprime que comme appui de l’action. Ainsi on peut définir la personnalité de quelqu’un tantôt comme un ensemble de représentations qui lui sont propres et tantôt comme un ensemble de dispositions à agir (y compris par la parole), mais en réalité les deux se confondent, ils ne peuvent pas réellement être distingués.

Partant de là, il est possible de contourner le problème de l’absence de norme définitive du vrai (car après tout la vie pourrait n’être qu’un rêve) en définissant ce dernier non pas dans l’absolu mais à partir de nos croyances en action. Ma croyance est vraie dans la mesure où les actions qui s’appuient sur elles sont couronnées de succès, où elles ont le résultat attendu. Ma croyance en ressort renforcée. Si à l’inverse ces actions échouent, ma croyance est mise à mal. D’où la maxime du pragmatiste : le vrai, c’est ce qui fonctionne.

jeudi 26 mai 2011

La religion, philosophie sociale

Nous avons tendance, en occident, à assimiler la religion et la croyance en Dieu, aux croyances associées et aux pratiques et institutions qui l’accompagnent. Dans nos dictionnaires, par exemple, il est généralement question de divinités, ou de manière générale d’ordre supérieur. Mais il semble que les religions orientales, entre autres, s’accommodent moins bien de cette définition. Leurs religions sont-elles moins des religions que les nôtres, ou est-il possible d’en obtenir une définition plus générale ? Pour ma part, je préfère penser que ce qu’est la religion en réalité, c’est une philosophie sociale, c’est à dire un courant philosophique socialement institutionnalisé.

dimanche 22 mai 2011

Le relatif et l'absolu

  • Y a-t-il quelque chose qui soit absolu, ou bien tout est relatif ? C’est à dire y a-t-il des choses qui existent en soi, indépendamment de leurs relations aux autres choses, ou bien est-ce que tout n’est que relation ?
  • Il faut bien que quelque chose soit relié, non ? S’il n’y a que des relations, il n’y a rien qui existe vraiment je suppose...
  • Mais exister en l’absence de relation, est-ce vraiment exister ? Comment dire d’une chose qu’elle existe ou non si elle n’est reliée à rien ? Est-ce qu’exister, être au monde, ça ne veut justement pas dire être relié à d’autres choses et ainsi pouvoir être observé ?
  • Peut-être que certaines choses existent absolument, c’est à dire qu’elles ont certains attributs indépendamment de leurs relations, cependant que ces attributs ne peuvent être connus que par des relations. Ils existent par leurs relations mais en sont indépendants.
  • Donne moi un exemple d’un tel attribut absolu.
  • Par exemple le ciel est bleu, que je le regarde ou non.
  • Le crois-tu ? Le bleu du ciel n’est il pas dépendant de tes sens ? Comment sauras-tu que ton voisin en a la même perception ?
  • Je veux dire que les rayons lumineux provenant du ciel possèdent une caractéristique absolue qui me les fait voir bleu.
  • Et comment sais-tu qu’une telle caractéristique existe ?
  • C’est une caractéristique scientifique. On peut dire que les caractéristiques scientifiques des objets sont absolues, parce qu’on peut les mettre en évidence de manière objective, indépendamment des relations de cet objet aux autres, indépendamment de nos subjectivités. En l’occurrence, je peux mesurer la longueur d’onde d’un rayon lumineux. Par exemple, je peux mesurer sa déviation par un prisme.
  • Tu ramène donc cette propriété à une longueur d’onde. Tu considère donc que la longueur est un exemple de caractéristique absolu des choses ?
  • Oui
  • Mais c’est faux, la longueur est relative au référentiel. Einstein nous l’a montré. Si le prisme se déplace par rapport au rayon lumineux, il ne le déviera pas de la même façon. D’ailleurs si toi même tu te déplaçais suffisamment vite, tu ne verrais plus le ciel bleu.
  • C’est vrai, mais on peut sans doute trouver des caractéristiques absolues dans la matière...
  • La position, le temps et la vitesse sont des quantités relatives, et l’accélération elle même, puisqu’elle est indiscernable de la gravitation. Tout ce que nous pourrions pensé absolu de prime abord (le haut et le bas, la position de la terre) s’est avéré être relatif.
  • L’énergie ou la masse ne caractérisent-elle pas l’existence absolue d’une particule ?
  • Comment détecter une énergie ou une masse, si ce n’est par le mouvement relatif des choses ?
  • D’accord, tu as gagné, je veux bien admettre que les caractéristiques scientifiques sont relationnelles. Peut être que le monde n’est qu’un tissu de relations, mais ces relations, elles, existent absolument. Cet objet n’a peut être pas de position ni de vitesse absolue, mais sa position et sa vitesse relativement à cet autre objet est une chose absolue, et de ce fait, la façon dont ce rayon est dévié par ce prisme, compte tenu de leurs vitesses relatives, est absolue.
  • En est tu sûr ?
  • Certains. Chacun peut la mesurer, et nous tomberons tous d’accord la dessus. Etant donné ce prisme posé sur la terre, un rayon du ciel sera dévié d’autant. C’est une donnée objective. Si c’était faux, jamais nous n’aurions pu faire science.
  • Si ces relations de positions et de vitesse sont absolues, alors peut-on en théorie en obtenir une mesure infiniment précise ? C’est à dire, peut-on se rapprocher indéfiniment d’une précision absolue de la longueur d’onde de ton rayon de ciel bleu dans le référentiel du prisme ? Et peut-on considérer que les valeurs obtenues ne dépendent pas de la façon dont on les mesure ?
  • Je suppose...
  • Pourtant c’est faux, et cette fois c’est la physique quantique qui nous l’apprend. Il n’existe pas de tels propriétés absolues, celles-ci sont relatives au contexte au sein duquel un objet est mesuré.
  • Un objet a bien une position... On peut se mettre d’accord sur elle.
  • Oui, mais elle est toujours approximative, et elle se définit relativement à l’environnement de cet objet. Nous nous mettons d’accord sur cette position parce que nous sommes reliés entre nous, et à cet objet. Sa position dans le tissu de nos relations n’est pas objective, mais intersubjective.
  • La valeur de la position - qui est une propriété relative - est donc elle même relative à l’environnement qui la mesure ?
  • Disons qu’elle n’est prévisible que statistiquement et que sa définition est contextuelle, c’est à dire qu’elle dépend du fait qu’on la mesure ou non. Une théorie qui voudrait fixer des valeurs absolues, non contextuelles, préexistantes, à ce que l’on mesure serait nécessairement incohérente.
  • Bon, mettons. Mais puisque de ton propre aveu ces valeurs sont statistiquement prévisible, c’est qu’il existe des lois scientifiques reliant et prédisant ces valeurs possibles. Ces lois ne sont-elles pas absolues ?
  • Comment savoir si ces lois sont définitives ? N’ont-elles pas déjà été reformulées par le passé, ne sommes nous pas déjà passé d’une théorie à une autre ? Ces lois ne sont-elles donc pas relative à l’ensemble des mesures que nous avons pu faire par le passé ? Et n’envisages-tu pas que tout comme le bleu, nous ne disposions pas de moyen d’être certain que ces lois correspondent pour chacun d’entre nous à une chose unique ? En fin de compte, ces lois n’existent-elles pas seulement à l’intérieur de nos cerveaux ? Ne sont-elles pas relatives à l’ensemble de nos expériences, et à notre manière d’appréhender le réel ? Comme un élément de notre cerveau pourrait être absolu si rien de ce qui existe ne semble exister absolument ? Peut-être ces lois absolues existent-elles. Alors il semble que nous nous dirigions vers une doctrine platonicienne...
  • Peut être, peut être... Mais peut-être ne sommes nous pas obligé d’aller jusque là. Car enfin, que le résultat d’une mesure dépende du contexte, admettons, mais une fois ce résultat fixé, voilà qu’il existe absolument et que je peux le partager avec d’autres. Il est devenu objectif, absolument fixé...
  • Qu’en sais-tu ?
  • Je le sais parce que j’en ai l’expérience subjective. Les élements de cette expérience existent absolument. Je reviens au point de départ : le ciel est bleu, il m’apparait bleu, voilà qui est absolu.
  • Cette expérience est relative au ciel, n’est-ce pas ? C’est encore une relation.
  • Certes, mais encore une fois, c’est cette relation qui existe dans l’absolu. Ce bleu de mon expérience, qui est une relation au ciel, à mes sens ou à certains modules cognitifs de mon cerveau, peu importe, est absolument réel.
  • Cette chose peut-elle être qualifiée d’objective si elle est privée, inexprimable à autrui ? Une expérience ne disparait-elle pas aussitôt qu’elle est apparue ? Si le bleu t’apparait juste un instant, combien de temps pourras-tu le maintenir en ton esprit avant que le doute ne s’installe de nouveau sur ce que tu as vraiment vu ? Cette evanescence s’est-elle pas la marque d’une pure relativité ?
  • Je peux en obtenir une trace, je peux l’enregistrer, le mémoriser.
  • Tu ne fait que reporter le problème de l’expérience directe d’un événement à l’expérience de sa trace. Par ailleurs, si tu vois du bleu, n’est pas uniquement parce que tu es capable de reconnaître ce bleu ? N’est-il donc pas relatif à ton système cognitif, à tes expériences passées qui l’ont construit - tout comme nos lois de la nature sont relatives à l’ensemble de nos expériences passées ?
  • Le bleu est le bleu. Il est absolument bleu. Comment en douter ?
  • Questionnons nous sur l’origine de ces qualités. T’es-tu déjà demandé s’il était possible qu’un jour tu percoive une nouvelle couleur ou un nouveau goût qui t’étais inconnu ? En réalité il n’y a là rien d’impossible, mais ce nouveau goût ne t'apparaîtra pas en premier lieu comme une chose nouvelle. Simplement tu apprendras à distinguer des goûts que tu confondais jusqu’alors, et chacun d’eux mènera une trajectoire différente dans tes représentations, qui se renforceront dans leur distinction. Une nouvelle qualité ne peut venir de nulle part, sans quoi elle ne s’appuierait sur rien. Elle ne trouve son origine que dans le contraste. Prenant les choses dans l’autre sens, il est possible d’imaginer que le bleu n’existe que comme contraste avec le jaune, et le rouge comme contraste du vert, puisque c’est apparemment suivant ces deux axes que nos appareils cognitifs interprètent les teintes. Il est possible que ces deux axes existent en contraste l’un par rapport à l’autre, que la teinte existe par contraste avec la luminosité, la couleur par contraste avec les autres sensations, les sensations par contraste avec les émotions et ainsi de suite pour former l’espace complet de nos perceptions possibles. Nos concepts n’existent alors que comme relations et combinaisons de ces perceptions, puis comme relations entre concepts, et ainsi de suite. Il est possible que l’ensemble de notre espace mental ne soit que le résultat de différenciations successives, puis de recombinaisons, lui même un réseau de relations à partir d’une expérience originelle qui est l’indifférence pure, le vide.
  • Dans ce cas tout est relatif... Et ceci est une vérité absolue.
  • En es-tu certain ?
  • N’est-ce pas ce que tu essaie de me dire ?
  • Je n’ai fait que nier qu’on puisse déterminer quoi que soit qui soit absolu, mais en indiquant qu’une issue platonicienne était toujours possible. En effet il semble que les traces, les stabilités existent, au moins temporairement, que nos connaissances convergent, s’accumulent. N’est-ce pas là la marque de quelque chose d’absolu vers lequel nous tendons ?

mercredi 11 mai 2011

Bruno Latour serait-il scientiste ?

Pourquoi donc existe-t-il des critiques d’art, mais pas de science, nous demande Bruno Latour ? Pourquoi la beauté mérite-t-elle d’être goûtée, jugée, mais non la vérité ?

C’est une excellente question. Mais pourquoi, diable, n’y répond-il pas ? N’est-ce pas justement ce qu’on attendrait de la sociologie : qu’elle nous fournisse une explication, des éléments de réponse, à ce type de questions ? Non pas qu’elle nous dise si c'est bien ou mal, ce qu’il faudrait qu’il y ait, selon elle -- qu’on juge des derniers résultats scientifiques dans les magazines comme on juge des derniers films en salle, ou pas -- mais pourquoi les choses sont ainsi et quels en sont les ressort ? Simplement, il semble que la réponse se situe au delà du paradigme que Bruno Latour s’impose et nous impose, puisqu’elle suppose que l’on parvienne à définir la vérité, donc à la distinguer d’autres valeurs, donc à la considérer pour autre chose qu’un discours parmi les autres, un simple élément du cosmos.

Nous souhaitons mettre le doigt sur le problème centrale de la sociologie de Bruno Latour (et d’autres qui suivent le même mouvement). S’il est incapable de nous dire pourquoi il n'existe pas de critiques de science, s'il pense qu'au contraire il pourrait et il devrait y en avoir, ce n’est pas parce qu’il aura conclu, à l’issu de longues recherches, qu’il n’existe aucune démarcation entre le discours rationnel et la rhétorique, entre la science et la politique ou la culture. C’est en réalité parce qu’il aura posé cette absence de démarcation comme hypothèse de travail.

lundi 9 mai 2011

Le moi, entre structure et liberté

Suis-je une structure ou un processus ? Ou la rencontre des deux ?

jeudi 28 avril 2011

La connaissance et la liberté

Si j’observe une corrélation, rien ne m’indique de lien de causalité, il se peut qu’il y ait plutôt une cause commune. Ainsi, pour reprendre un exemple connu, s’il y a une corrélation indéniable entre le port du briquet et la prédisposition au cancer du poumon, rien n’indique que l’un cause l’autre. La seule possibilité pour moi de mettre en évidence un lien de causalité est de jouer sur un paramètre et d’observer l’effet qui en résulte : si je force quelqu’un à porter un briquet, la probabilité qu’il meure d’un cancer du poumon n’augmentera sans doute pas ; il n’y a donc pas vraiment causalité, mais seulement corrélation.

On voit que c’est l’indépendance de la cause quant à l’effet qui seule peut me permettre de mettre en évidence un lien de causalité entre deux types d’événements : il faut, pour qu’il y ait réellement causalité, que la cause puisse ne pas avoir eu lieu, et que dans ce cas il n’y ait pas eu d’effet. Or la seule source authentique d’indépendance est la liberté ; le seul usage adéquat du conditionnel est quand le choix est réel, quand la condition peut réellement se produire ou ne pas se produire. Concrètement, c’est ma possibilité d’agir librement sur un paramètre qui me permet de mettre en évidence la causalité.

L’idée de causalité est donc fondée sur celle de liberté. C’est la liberté du sujet cognitif, considérée comme source d’indépendance, qui permet d’établir le lien de causalité de manière sûre. Ce lien peut ensuite être étendue au delà du champs de l’action humaine. Par exemple on dit que la masse du soleil cause la trajectoire de la terre parce que l’on a établit la causalité entre masse et trajectoire par ailleurs. Mais s’il n’y avait aucune liberté nulle-part, aucune contingence, donc aucune réelle indépendance des faits entre eux, il n’y aurait pas lieu de parler de causalité : on pourrait simplement dire qu’il y a succession logique des faits, et celle-ci, contrairement à la causalité qui est dirigée vers le futur, serait réversible, indifférente au sens d’écoulement du temps.

Il est donc étonnant de voir le principe de causalité se retourner contre la liberté, parce qu’alors il se retourne contre lui même.

mardi 26 avril 2011

Doit-on vraiment avoir une opinion politique ?

Il y a un problème d’intégration culturelle dans les banlieues - Il y a un problème d’exclusion sociale dans les banlieues - Il n’y a pas de problème si important que ça dans les banlieues - Il faut répondre à l’insécurité de manière autoritaire - Il faut favoriser la mixité sociale - La France est dirigée par une oligarchie - Les travailleurs sont exploités par le capital - Les musulmans ne peuvent pas vivre en république - La fiscalité française fait fuir les investisseurs - Les dépenses sociales plombent l’économie - Le chômage est l’armée de réserve du capitalisme - Les chinois nous prennent nos emplois - La religion est la cause de toutes les guerres - Pour l’économie, rien ne vaut une bonne guerre - Les gens ont besoin d’un leader  - Nous sommes trop nombreux sur terre - Les gens des pays émergents veulent vivre comme nous - Il existe une misère sociale qui ne cesse de s’agrandir - Il existe une insécurité qui ne cesse de s’agrandir - Les français pensent que... - Les français en ont marre de... etc, etc.

Les opinions, les représentations, sont partout, véhiculées par les hommes politiques, par les médias... Elles se transmettent comme des virus, aux comptoirs des bistrots ou autour des machines à cafés, sur les plateaux télés, au fils des articles de blogs, des commentaires... Le monde politique dans son ensemble fait lui même parfois figure de grand marché aux représentations, où l’on nous refourgue des points de vue comme on nous vendrait des poires ou des échalotes.

Bien sûr, on ne saurait se passer de représentations. C’est sur leur base qu’on sélectionne et interprète les faits. C’est avec elles qu’on pense. Ce qui importe donc, ce n’est pas d’en avoir ou pas, c’est plutôt la qualité de celles que l’on a. Mais comment en juger ? Ou bien ne devrait-on pas cesser de prendre nos propres représentations trop au sérieux ?

vendredi 25 mars 2011

La réalité est-elle une construction sociale ?

La réalité est-elle une construction sociale ? Les théories scientifiques sont-elles des fictions, au même titre que les mythes religieux ? Les électrons et autres photons sont-ils des artefacts de nos instruments de mesure ? Les représentations de la science sont-elles des projections de notre entendement sur une réalité amorphe ? Ces questions à l’opposé du sens commun semblent certainement étranges à la plupart d’entre nous, et pourtant, elles paraîtront familière à d’autres, et en particulier dans le milieu des sciences humaines. Elles sont propre à ce qu’on appelle souvent le mouvement post-moderne.

jeudi 17 mars 2011

Peut-on naturaliser l'éthique ?

A première vue, l’éthique ne sert à rien. Quel sens y a-t-il à affirmer que quelque chose est “bien” ou “mal” ? A quoi ça sert ? Une personne agit toujours en toute liberté de toute façon. Si elle agit d’une façon, c’est sans doute que pour elle, c’est “bien” - ou pas, mais quelle importance ?

dimanche 13 mars 2011

La conscience n'est pas un phénomène physique

La conscience est-elle physique ? C'est à dire : peut-on rendre compte de l'expérience subjective en tant que phénomène physique ?

La question pose problème : d'une part, pense-t-on, le monde est constitué de matière/énergie et il est inutile de faire intervenir quoi que ce soit d'autre. Nous appartenons au monde, nous en sommes issus. Donc la conscience est un phénomène physique. D'autre part, pense-t-on, l'expérience subjective ne peut pas se ramener à une formule mathématique, elle est plus que ça. Donc la conscience n'est pas un phénomène physique.

Si cette question est problématique, c'est certainement qu'elle est mal posée.

dimanche 27 février 2011

La singularité à l'épreuve de la science - et vice versa

En affirmant la nature relationnelle de la description scientifique du monde, je n’avais pas l’intention de relativiser sa prétention à l’universalité. Nous aurons peut-être l’occasion de revenir sur les thèses “post-moderne” dans un prochain billet. D’ici là, démarquons nous simplement de ces thèses en affirmant que la science, de part sa méthode anti-dogmatique, de part l’utilisation des mathématiques qui assurent sa cohérence interne, de part l’unicité du monde, enfin, et le fait qu’aucune méthodologie instrumentale n’est jamais totalement isolée des autres ni de l’expérience quotidienne, tout ça fait qu’il y a de bonnes raison de croire que la science converge effectivement de manière asymptotique vers une description unique, universelle, de la nature. Cette description constitue ce sur quoi nous pouvons tous nous mettre d’accord.  Ce qu’il nous faut relativiser n’est pas l’universalité de cette description, mais plutôt sa complétude. Oui, la description scientifique converge. Non, ce vers quoi elle converge n’est pas le monde tel qu’il est, mais seulement la structure relationnelle sein de laquelle se déploie une actualité subjective et transcendante.


L’argument est semblable à celui que nous avions utilisé à propos de l’incommensurabilité des cultures. Ainsi nous avions admis, au passage, que toute conceptualisation est singulière, qu’il n’existe pas de traduction absolue, et donc en un sens, que l’appréhension du monde propre à une culture voire à une personne est elle aussi une singularité, mais ce constat de singularité n’a été posé que pour être dépassé, car puisqu’aucune culture n’est isolée des autres, c’est à dire puisque le monde est un, rien n’est définitivement inaccessible. Il est toujours possible, en se reportant sur la relation et son adéquation au réel (c’est à dire simplement en communiquant) de dénouer les malentendus et de converger vers un consensus. C’est bien le même argument qui nous permet d’une part de nier l’incommensurabilité des différentes conceptions et d’autre part d’affirmer la nature relationnelle de la connaissance: c’est parce qu’elle est relationnelle qu’une conception donnée est communicable et donc converge vers l’universalité.


Ceci dit, intéressons nous maintenant à cet au delà de la connaissance qu’est la singularité.


vendredi 11 février 2011

Physique quantique et réalisme scientifique chez Paul Jorion

Un condensé de plusieurs billets récents, publié sur le blog de Paul Jorion... Ca se passe ici

samedi 5 février 2011

La science peut-elle remplacer la philosophie ?

Certains le pensent. On retrouve par exemple cette idée chez les défenseurs d’un athéisme “militant”, qui pensent que la question de l’existence de Dieu est réglée par la science (par la négative bien sûr), et pour qui les nuances apportées par certains philosophes, par exemple celle de la distinction entre naturalisme méthodologique et philosophique, qui font de l’athéisme un positionnement métaphysique (certes assez défendable), sont simplement malvenues... Cette tradition est sans aucun doute la digne héritière du positivisme et du scientisme. Plus récemment, le livre de Stephen  Hawking et Leonard Modlinov “Le grand design” propose lui aussi une thèse anti-philosophique en soutenant qu’aujourd’hui la philosophie inutile, dépassée par les sciences qui seules nous permettent d’en savoir plus sur les “grandes questions existentielles”. On pourra lire au sujet de ce livre cet excellent billet (en anglais), où il est remarqué, très justement, que la plupart du temps, quand quelqu’un se met à critiquer vigoureusement la philosophie, c’est qu’il s'apprête à nous en donner une leçon...


dimanche 30 janvier 2011

La pensée orientale est-elle incommensurable à la culture occidentale ?

On entend souvent dire, ou sous-entendre, que les concepts de la philosophie orientale seraient à jamais incompréhensible pour quelqu'un possédant une culture occidentale. Le yin et le yang, ou les dharma, ou d'autres choses encore, serait pour nous des concepts à jamais obscure, et de même, les orientaux ne comprendrait pas pleinement notre rationalité. La philosophie orientale n'est prise ici que comme exemple. De manière générale, on entend souvent dire que certaines choses propres à certaines cultures ou certaines langues sont à jamais inaccessibles / intraduisibles.

samedi 22 janvier 2011

La nature de la science

Dans le précédent billet, nous avons constaté l'échec d'un réalisme scientifique stricte pour rendre compte de l'existence "à la première personne". Dans l'univers bloc contenant tous les possibles, tous les passés, tous les futurs, la notion d'existence est détérioré au point de ne plus avoir de réelle signification. Tout existe. Et dans cet univers bloc, mon existence, à moi, maintenant, ne peut être qu'arbitraire. Pourtant il faudrait relativiser cet échec. D'abord il n'est pas nouveau. A bien y réfléchir, l'univers-bloc de la physique newtonienne pose exactement les mêmes problèmes : le présent y est arbitraire. Avec la relativité, c'est pire encore, puisqu'il n'est plus absolu mais local. Finalement, la physique quantique ne fait que rendre plus criante l'absurdité du réalisme scientifique, en nous poussant à admettre l'existence non seulement du passé et du futur, mais aussi de tous les mondes possibles.

Plutôt que de foncer "tête baissée" dans une vision réaliste, selon laquelle la description scientifique serait un candidat ontologique et nos modèles théoriques la description de "ce qui est", demandons-nous plutôt : que nous dit la science ?

dimanche 16 janvier 2011

La physique quantique, ou l'échec du réalisme scientifique

Nous allons commencer par décrire la théorie elle-même, non de manière parfaitement rigoureuse, mais en proposant une compréhension simplifiée de celle-ci que j'estime globalement non trompeuse. Puis nous examinerons les différentes approches qui existent pour son interprétation, et nous nous attarderons sur les approches réalistes, en particulier l'interprétation d'Everett, pour montrer qu'elle ne semble pas pouvoir rendre compte de notre expérience.

Mais commençons par résumer le contenu de la physique quantique.

samedi 1 janvier 2011

Le rôle de la philosophie

Selon une conception assez répandue, le rôle de la philosophie est de clarifier les concepts. Que signifie "clarifier les concepts" ?

On peut s'apercevoir que le langage est purement relationnel. Comment saurais-je si quiconque voit le rouge exactement comme je le vois ? C'est donc que le mot "rouge" ne fait pas référence à ma façon propre de voir le rouge, mais plutôt à la corrélation qui existe entre nos perceptions du rouge. Il se trouve que chaque fois que je vois quelque chose de (mon) rouge, vous voyez aussi quelque chose de (votre) rouge, et c'est cette corrélation qui nous permet l'usage du mot "rouge". C'est elle qui m'a permit d'apprendre le mot. Et de la même manière, comme nous l'avons déjà observé, un concept n'est finalement lui même que la corrélation entre différents ensembles de perceptions. "Mon" rouge ne désigne lui même que la ressemblance entre mes expériences du rouge, le clair, le foncé, le pale et le vif. Et bien sûr il existe une interaction entre le concept et le mot.