lundi 23 juillet 2012

La conscience est connaissance (suite)

Nous avons vu dans le billet précédant que tout état conscient peut être a priori interprété en terme de connaissance. La thèse inverse pourrait sembler absurde (comment, ne sais-tu pas ce que tu vois, ce que tu entends, ce que tu penses ?) mais il n’est pas exclu que l’expérience consciente puisse revêtir un aspect ineffable et élusif : la connaissance serait donc plutôt ce qu’il y a à tirer de nos états conscients, leur formalisation. En effet on pense généralement (et notamment suite à l’argument de Wilfried Sellars contre le “mythe du donné”) que la connaissance peut s’exprimer sous forme de prédicats, qu’elle peut donc être formalisée, quand bien même les significations à la base des prédicats seraient en un certain sens holistiques, c’est à dire non pas définies absolument (ni données), mais plutôt relativement les unes par rapport aux autres, de manière à ce que l’ensemble de nos significations et connaissances forme un tout inséparable, confronté unitairement au réel. Cette confrontation, justement, serait l’expérience consciente, et de cette confrontation des connaissances existantes à la nouveauté naitraient de nouvelles connaissances sur la base des anciennes. Or cette confrontation elle même, à l’origine de la production de connaissances, ne serait pas nécessairement formalisable.

J’espère revenir bientôt sur cette question et sur son rapport au temps vécu. Mais avant ça il nous faut approfondir, en complément du dernier billet, l’association entre la connaissance et la conscience et établir le lien entre connaissance et intention. En effet nous avons également affirmé dans le dernier billet, mais sans plus de justification, que la connaissance est par nature un attribut de la conscience (c’est à dire qu’il faut être conscient pour connaître). Cette idée semble couler de source, du moins si, suivant le pragmatisme, on entend par connaissance ou croyance un support à l’action intentionnelle (si je sais qu’il y a une chaise, je peux m’assoire là en toute confiance, et il n’y a rien de plus à dire sur le fait de savoir qu’il y a une chaise que l’ensemble des actions que je pense possibles sur cette base).

Pourtant il existe un certain nombre de cas où on penserait pouvoir parler légitimement de connaissance non consciente. Examinons donc ces différents cas (en espérant ne pas trop enfoncer des portes ouvertes).

vendredi 20 juillet 2012

La conscience est connaissance

On associe souvent la conscience au fait d’avoir une expérience phénoménale. J’ai pu défendre par ailleurs le panexperientialisme, qui veut que tout système matériel soit lieu d’expériences phénoménales. Est-ce à dire que tout objet est conscient ? Voilà qui semble absurde.

En fait je pense qu’il faut décorréler la question de la phénoménalité de la conscience. Il faut voir la conscience comme un mode particulier d’existence phénoménale permettant de rendre compte des aspects phénoménaux, de les mémoriser et de les rapporter, mais n’ayant pas l’exclusivité de la phénoménalité, qui est en fait un aspect de la matérialité en général.

Cette position offre plusieurs avantages, et notamment le fait de pouvoir s’accorder en tout point avec le fonctionnalisme ou le physicalisme, tant qu’il n’est question que de cognition, de conscience “à la troisième personne” (considérée d’un point de vue extérieur comme un ensemble de capacités) et par exemple avec les analyses de Dennett, sans pour autant souscrire à l’idée que le fonctionnalisme puisse en quoi que ce soit nous renseigner sur le problème de la phénoménalité en tant que tel parce qu’il lui est antérieur. A un bémol près : il faut toujours pouvoir rendre compte de l’unité phénoménale de la conscience, mais ayant au préalable mis au clair ce qu’est la phénoménalité et son rapport à la materialité (à travers une interprétation relationnelle de la physique quantique), il se peut que ce problème soit plus “facile”. En gros, cette décorrélation permet de s’attaquer indépendamment au problème de la conscience “à la troisième personne”, et donc de mettre à profit une démarche scientifique (notamment les notions liées à l’auto-organisation) en ayant préalablement résolu, sur le plan physique et métaphysique, ce qu’est une perspective “à la première personne”.

lundi 9 juillet 2012

La philosophie de l'esprit contemporaine est-elle à côté de la plaque ?


N'ayant pas reçu de formation universitaire en philosophie, j'ai toujours à coeur de me mettre à niveau sur la recherche contemporaine. C'est la promesse que me faisait miroiter l'ouvrage "la philosophie de l'esprit" de Michael Esfeld : un résumé succinct des discussions ayant eu cours lors des dernières décennies en philosophie de l'esprit, sous forme de différentes leçons, résumées et suivie d'exercices. L'auteur prévient en introduction qu'il s'agit de l'approche d'une personne non neutre ("trahissant la manière dont l'auteur évalue ces arguments"). Le compte rendu des débats contemporains donné par l'ouvrage m'a semblé malgré tout objectif, détaillant précisément différentes options opposées sur de nombreux problèmes, bien qu'il me soit difficile de juger de son exhaustivité. Je le conseille donc à toute personne que le sujet intéresse.

lundi 2 juillet 2012

De quoi parle-t-on quand on parle de la conscience ?

Il y a la désormais célèbre distinction de Chalmers entre le problème "facile" de la conscience et le problème "difficile". Le premier fait référence à la conscience comme faculté cognitive, le second comme expérience phénoménale. Quand j'affirme que la conscience n'est pas un phénomène physique, c'est à la seconde que je fais référence, et l'aspect purement cognitif de la conscience a sans doute été assez largement ignoré sur ce blog. Je m'y propose d'y remédier en partie dans cet article.

Le problème facile est facile parce qu'il est un problème "à la troisième personne" (c'est à dire pouvant être formulé objectivement), et en tant que tel, peut être formulé comme un problème empirique : quels sont les mécanismes neurologiques qui permettent à un organisme de réagir comme un être conscient, de planifier, de communiquer, etc. Le problème difficile est difficile parce qu'il ne s'agit pas d'un problème scientifique, pas même d'un problème empirique (puisqu'aucun fait empirique ne vient corroborer l'idée qu'autrui a une expérience phénoménale, seulement une référence à ma propre expérience subjective). Il s'agit d'un problème métaphysique, en un sens quasi-étymologique, puisqu'il s'agit du problème de la nature même des rapports entre le physique et le mental, le monde théorisé et le monde vécu, les visions "première personne" et "troisième personne".

Mais le problème facile peut-il vraiment l'être sachant que le problème difficile existe ? Si on peut facilement expliquer la conscience "à la troisième personne", reste-t-il une place aux aspects phénoménaux ?

dimanche 1 juillet 2012

Bergson contre Dennett

A première vue tout oppose l'approche analytique de Dennett et l'approche plutôt phénoménologique de Bergson. J'ai été surpris, pourtant, en lisant dans la foulée ces deux auteurs que plus d'un siècle sépare, de constater de multiples points communs ("la conscience expliquée" et "essai sur les données immédiates de la conscience").